Lāinterview de Gourmet Cup magasin avec Philippe Juglar
- Philippe Juglar
- Jan 3, 2022
- 3 min read
GCup : Vous venez dāannoncer les rĆ©sultats du 7ĆØme concours international des CafĆ©s torrĆ©fiĆ©s Ć lāOrigine. Quoi de neuf pour cette Ć©dition 2021 ?
PhJ : Ce qui nāa pas bougĆ©, cāest lāorganisation du concours. Notre partenariat avec les machines CONTI nous a permis de rĆ©unir notre jury dāexpert dans leur show-room. Les rĆ©sultats, comme les annĆ©es prĆ©cĆ©dentes ont Ć©tĆ© amodiĆ©s ou validĆ©s par un jury des professionnels.
Ce qui a changĆ©, cāest la qualitĆ© des cafĆ©s en lice ; tous les dĆ©gustateurs ont notĆ© lāaugmentation impressionnante de la qualitĆ©. Pratiquement tous les cafĆ©s mal traitĆ©s (principalement mal torrĆ©fiĆ©s) ont disparu du concours alors quāils encombraient nos premiĆØres Ć©ditions. Surtout, les cafĆ©s en compĆ©tition atteignent pour une bonne part dāentre eux des notes qui leur permettent dāaccĆ©der au cercle enviĆ© des cafĆ©s gourmet. Inutile de vous dire que les mĆ©daillĆ©s (or, argent et bronze) atteignent des niveaux exceptionnels.
GCup : Des origines, des variƩtƩs se dƩtachent parmi les concurrents ?
PhJ : Tous les pays traditionnels sont prĆ©sents. Du cĆ“tĆ© amĆ©ricain, je remarque une forte prĆ©sence, comme dāhabitude, de la Colombie et du PĆ©rou. Le BrĆ©sil a rĆ©pondu enfin Ć notre appel et place plusieurs cafĆ©s parmi les vainqueurs. Petite dĆ©ception pour le Mexique. qui nāest pas aidĆ© par notre date de concours : il arrive trĆØs tard aprĆØs la rĆ©colte. Nos amis mexicains vont devoir conserver Ć part les cafĆ©s pour le concours AVPA, pour que le cafĆ© vert ne perde pas sa fraicheur. En traversant le Pacifique, on trouve deux mĆ©dailles pour HawaĆÆ et, en Asie, deux pays marquent leur diffĆ©rence, le Vietnam et lāIndonĆ©sie. A lāexception du Kenya et du Rwanda, lāAfrique est peu prĆ©sente mais la CĆ“te dāIvoire et lāOuganda arrivent nĆ©anmoins chacun Ć glaner des mĆ©dailles intĆ©ressantes.
Au niveau des variĆ©tĆ©s nous assistons Ć lāarrivĆ©e de nombreux Geisha qui ne dĆ©trĆ“nent pas nĆ©anmoins la place importante tenue par les Bourbons (jaunes, rouges ou rosĆ©s), Caturra sans oublier certaines variĆ©tĆ©s spĆ©cifiques Ć certains pays comme le Pacamara en IndonĆ©sie ou au Honduras.
GCup : Vous ne parlez pas des traitements post rƩcolte
PhJ : Jāy arrive. Cāest le phĆ©nomĆØne de ces derniĆØres annĆ©es. Il prend une dimension dĆ©terminante. La fermentation contrĆ“lĆ©e du cafĆ© nāest plus une mode, cāest une nĆ©cessitĆ© dĆ©sormais pour les producteurs des meilleurs cafĆ©s fins. Ils doivent savoir contrĆ“ler le goĆ»t de leurs cafĆ©s en intĆ©grant et contrĆ“lant le cycle de la fermentation. Au point de pouvoir proposer, pour certains marchĆ©s comme la Chine, des cafĆ©s ⦠qui ne ressemblent plus Ć du cafĆ©.
Deux consƩquences :
- Jusquāoù peut aller cette transformation du cafĆ© qui, Ć bien des Ć©gards, peut sāassimiler Ć une vĆ©ritable aromatisation. ? Comment lāintĆ©grer, nous, jury dāexperts ? Cette annĆ©e, nous avons ainsi rĆ©compensĆ© deux cafĆ©s qui ne rentraient dans aucune catĆ©gorie.
- Lāindustrie cafĆ©iĆØre, Ć la maniĆØre de notre vitiviniculture, a dĆ©sormais en main une panoplie dāinstruments impressionnante. Comme pour le vin, lāart du cafĆ© nāest-il pas en train de passer entre les mains des producteurs ? les baristas ne vont-ils pas devenir les sommeliers du cafĆ© face Ć une offre de plus en plus complexe ?
GCup : Votre concours a ceci de particulier, cāest quāil sait mĆŖme faire apprĆ©cier des cafĆ©s Robusta. Quāen est-il cette annĆ©e ?
PhJ : Je crois rĆ©ellement aux potentialitĆ©s des Robusta fins. Sandra Bouckenooghe, membre de notre jury, a dĆ©couvert en Equateur des Robustas qui lui ont fait Ć©crire de belles lignes dāimpressions de dĆ©gustation. Cette annĆ©e encore nous avons eu de ces robustas fins au concours. JāespĆØre que nous serons en mesure, lāannĆ©e prochaine, de rĆ©unir les producteurs de robustas fins, dāAfrique, dāAsie ou dāAmĆ©rique Latine, quelque part dans un grand pays producteur.
GCup : 2022, parlons-en. Quels sont les projets de lāAVPA ?
PhJ : JāespĆØre dāabord que la COVID nous laissera enfin tranquille pour voyager, accueillir ou faire venir dāextraordinaires produits encore plus facilement.
En 2021, nous avons institué des concours AVPA nationaux, au niveau des pays producteurs. Nous aimerions développer cette expérience qui permet à nos jurés français de découvrir des pays producteurs en profondeur et aux pays producteur de bénéficier du savoir faire AVPA en matière de dégustation.
Nous aimerions aussi quāAVPA devienne une vraie plateforme dāĆ©change entre ce public que sont vos lecteurs de passionnĆ©s de cafĆ©s, de thĆ©s et de chocolats et le monde des producteurs. Quāils puissent trouver chez AVPA des pĆ©pites qui leur permettent de monter des collaborations avec ces producteurs dāexception. Pour ce faire, pourquoi ne pas organiser des dĆ©gustations croisĆ©es chez le producteur et ici en France pour Ć©changer nos impressions, comprendre leurs contraintes, leur faire partager nos attentes. Quāils puissent aussi trouver la place internationale que mĆ©rite lāexcellence franƧaise. Cāest une Ć©vidence en matiĆØre de thĆ© ou de chocolat, pourquoi cela ne pourrait-il pas le devenir en matiĆØre de cafĆ© ?


